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Les représentations cartographiques
Paola Pressenda
Le retentissement que le siège eut au niveau international est prouvé par le nombre inouï
de représentations cartographiques prenant plus ou moins comme prétexte la ville assiégée.
Cet événement jouit, du point de vue cartographique, d’un succès énorme qui durera jus-
qu’au début du XIXème siècle. C’est là l’occasion rêvée d’intercaler des plans de la ville
dans des recueils qui avaient jusque-là exclu toute représentation de Turin. D’une façon
plus générale c’est un prétexte pour créer un grand nombre de plans isolés pouvant être
éventuellement insérés dans des ouvrages historiques. La guerre est d’habitude un prétex-
te pour voir apparaître des représentations cartographiques le plus souvent manuscrites et
ce n’est que rarement qu’elles s’étendent à la cartographie imprimée cependant les événe-
ments de 1706 deviennent matière à augmenter le nombre de cartes imprimées ayant pour
objet la ville de Turin. Une des caractéristiques communes à toute cette production – qui
peut être ramenée essentiellement à trois typologies – est de ne jamais faire partie d’un pro-
jet, ni même d’être le vecteur original de contenus géographiques et militaires mais d’être
simplement ornementale et illustrative, évocatrice de l’événement et de ses corollaires,
d’une certaine manière répétitif, en aucun cas partie intégrante d’un éventuel texte écrit.
La bibliothèque du prince Eugène. Science et art de la guerre
Vilma Fasoli
Achetée en 1738 par l’empereur Charles VI, la bibliothèque du Prince Eugène (1663-1736)
est conservée à l’Österreichische Nationalbibliothek de Vienne. Au fil des ans elle a été
enrichie de nombreux livres publiés après la mort du prince mais aussi de précieux
ouvrages qui la précèdent, d’où un certain nombre de difficultés en ce qui concerne la
reconstitution originelle. Cette recherche se propose de réfléchir à la notion de l’«homme
d’armes» à partir de l’analyse des traités et des manuscrits d’art et d’architecture militaire
pour définir dans quelle mesure ils sont à même de documenter l’appartenance du Prince
au milieu de cet «illuminisme radical» que l’historiographie a mis en évidence. Dans le
domaine des écrits militaires de la collection d’Eugène on peut repérer trois orientations
thématiques qui reflètent également une succession chronologique: les ouvrages imprimés
entre le XVIème siècle et le début du XVIIème qui témoignent de l’affirmation de la «for-
tification moderne», de la diffusion de l’emploi de l’artillerie lourde et de l’inéluctable
nécessité de réorganiser les armées font partie des premiers traités militaires; des ouvrages
ainsi que des copies manuscrites des études mises à jour de Montecuccoli et de Vauban se
réfèrent aux changements entraînés par les campagnes de la guerre de Trente ans et aux
modifications qui en découlent dans les choix stratégiques et tactiques déterminés par l’ex-
tension des territoires d’action; des textes imprimés et de nombreux manuscrits postérieurs
au siège de Vienne en 1683 permettent de percevoir de manière sensible un changement en
cours, puisqu’ils ont une répercussion radicale sur les devoirs et sur la spécialisation à tous
les niveaux de la compétence militaire. Eugène est à la fois le témoin et le protagoniste de
la phase qui précède ce processus de rationalisation, de centralisation et d’étatisation des
structures militaires dans laquelle on confèrera à la science le pouvoir de discipliner la vio-
lence de la guerre. Dans cette phase on voit exploser le conflit qui couvait depuis longtemps
entre les hiérarchies militaires et des rôles techniques comme celui de l’ingénieur, un conflit
qui impose la spécialisation des compétences et la reformulation de méthodes et de pro-
grammes adaptés à leur formation.




