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huit années de sa vieillesse où l’homme politique l’emporte sur le militaire. Dans l’article
on analyse essentiellement la phase centrale, celle où Eugène s’impose comme le général le
plus célèbre de son époque; on contemple ses douze plus grandes batailles, ses principaux
sièges, et surtout la stratégie de ses campagnes les plus brillantes dontcelle de 1706. De
cette manière on met en évidence le caractère polyédrique d’une carrière militaire qui
embrasse les antipodes de l’activité belligérante, depuis la participation physique au com-
bat (Eugène fut blessé treize fois) jusqu’à la préparation stratégique et financière des cam-
pagnes ayant un grand retentissement en Europe et sur le pourtour méditerranéene.
Les finances et la guerre
Enrico Stumpo
Au dix-septième siècle et durant la première moitié du dix-huitième siècle les ducs de
Savoie utilisent de façon plutôt limitée la dette publique. En effet, ils préfèrent avoir
recours, même lors des nombreuses guerres dans lesquelles ils sont engagés, aux impôts
directs sur la propriété foncière et à l’octroi qui grève sur les biens de consommation les
plus importants de la population: le sel, le blé, les farines et le vin. Pour couvrir les dépenses
militaires ils adoptent très tôt un système perfectionné plus tard par des pays comme la
Suède et la Prusse: les aides financières provenant des puissances européennes avec les-
quelles, tour à tour, ils s’allient. Durant la guerre de succession espagnole, Victor-Amédée
II obtient en effet pas moins de 43.276.939 lires d’aides financières, versées par l’Angleter-
re et la Hollande, ce qui équivalait à 43,3 pour cent des dépenses militaires. Cette politique
continue même durant la période suivante: lors de la première moitié du dix-huitième siècle
la maison de Savoie obtient, dans l’ensemble, environ 81 millions de lires piémontaises de
la part de leurs différents alliés. En outre, lors de la guerre de succession espagnole Victor-
Amédée II utilise amplement les ressources de la ville de Turin ainsi que celles de Cuneo,
en lançant plusieurs émissions de véritables titres de dette publique garanties par les
recettes de ces deux villes. Ainsi, Turin, capitale du duché, contribue largement en prêtant
plusieurs millions de lires par l’entremise du Monte di San Giovanni Battista, dont les
«actions» sont souscrites par de nombreux particuliers appartenant à la noblesse et à la
bourgeoisie. Ces derniers obtiennent, en échange des sommes investies, des intérêts
annuels de 4 ou 5 pour cent, payés sur les recettes de la ville qui, malgré la guerre, conti-
nuent à être importantes.
Gouverner la ville assiégée
Donatella Balani
Turin fut assiégée par l’armée franco-espagnole pendant presque quatre mois, entre le 13
mai et le 7 septembre 1706. Menacée depuis l’été précédent, elle eut le temps et le moyen
de préparer une défense de haut niveau et d’organiser un système efficace pour assister les
civils qui étaient restés dans la ville. La municipalité travailla intensément, tout comme le
prouve la fréquence avec laquelle étaient convoqués les conseils et les congrégations ainsi
que le nombre de sujets traités et délibérés: elle fut surtout occupée à garantir, à plus de
40.000 turinois, des provisions alimentaires et des marchandises indispensables aux activi-
tés quotidiennes, en plus de celles qui étaient nécessaires à la réparation des fortifications
et des édifices endommagés. L’administration municipale s’y appliqua en faisant des achats,
en entreposant de grandes quantités de denrées non périssables et en maintenant tant que
faire se peut des relations commerciales avec l’extérieur; elle s’occupa même de planifier les
consommations et de combattre les abus. Elle prit surtout des engagements vis-à-vis des
classes les plus défavorisées, en contrôlant le prix du pain et en fournissant de la nourritu-
re aux nombreux pauvres assistés par les hospices et par les œuvres de charité; elle s’appli-
qua à garantir des conditions sanitaires acceptables ainsi que l’ordre en ville.
Durant le siège la collaboration entre le gouvernement ducal et l’administration municipa-




