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La construction d’un mythe: l’assaut le siège dans l’historiographie
Silvia Cavicchioli
Le mythe du siège de 1706 est promis à un bel avenir et parcourt l’histoire du Piémont jus-
qu’à nos jours; les exploits militaires et les vicissitudes urbaines ont été récupérés à des fins
triomphalistes, relatés de manière épique et transfiguré en un récit légendaire pour magni-
fier, selon les époques et les circonstances, la maison de Savoie et l’esprit militaire, le sen-
timent d’appartenance au Piémont et les caractéristiques du ‘vieux Piémont’ ainsi que de
l’attachement des turinois leur ville. Sur le plan historiographique, le siège est un sujet tou-
jours efficace d’un point de vue idéologique et qui convient parfaitement aux exigences de
toute représentation de soi, que ce soit pour exalter la monarchie de la maison de Savoie
ou pour mettre en avant les vertus des piémontais et vanter leur esprit guerrier, plus sim-
plement pour antidater le plus possible le début d’une politique territoriale de longue halei-
ne de la maison de Savoie, annonciatrice de ce sentiment d’appartenance à l’Italie qui, dès
lors, caractérise les choix dynastiques de Charles-Albert, dilatant ainsi l’histoire nationale.
La consolidation du mythe de siège et de la bataille de Turin trouve un écho auprès de
toutes les classes sociales qui, de par la variété des protagonistes sur le terrain (des soldats
et des hommes religieux, des nobles et des hommes du peuple, des ducs et des mendiants
pensionnaires à l’hospice de la Charité, des allemands et des piémontais), contribuent à en
assurer le succès dans le domaine historiographique ainsi que dans le domaine artistique,
de l’art figuratif et monumental jusqu’au milieu littéraire et théâtral.
Les chroniques de l’époque, dont le célèbre
Journal historique
de Solaro della Margarita,
représentent sans aucun doute la source d’un large temps de l’historiographie postérieure,
qui se renforce autour des
lieux communs
de la cohésion sociale à l’époque du siège et de
la naissance de l’esprit patriotique, et construisent de manière parallèle ce mythe de l’hé-
roïsme populaire et de l’obéissance aveugle à la monarchie incarnés par le personnage de
Pietro Micca. Il s’agit d’une reconstruction historique dont les bases sont jetées à l’époque
du règne de Charles-Albert, qui se poursuit à travers l’œuvre des historiens modérés jus-
qu’aux commémorations de 1906, avant de deboucher, durant le
ventennio
fasciste, de sur
une série d’initiatives qui confèrent de l’importance à ces événements au nom de cette voca-
tion de la maison de Savoie à mener et à réaliser l’Unité d’Italie à travers la glorification du
prince Eugène et de Victor-Amédée II.
Traduction de Laurence Vitroni




