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de la moitié du dix-huitième siècle. Le rôle exemplaire de Valfrè, dont l’importance a été
mise en évidence surtout lors du procès pour sa canonisation commencé en 1725, et sa
capacité à se mouvoir à l’intérieur d’un riche réseau social, consolident l’influence des ora-
toriens et de l’église de San Filippo qui, au dix-huitième siècle, devient une des paroisses
turinoises les plus importantes. Enfin, durant le siège la volonté de légitimation religieuse
de la part du duc contribue à asseoir le prestige des moines de San Bernardo della Conso-
lata qui parviennent, à la fin de la guerre et grâce à la force évocatrice des miracles de la
Sainte Vierge, à ce que la ville de Turin fasse de la Madone della Consolata son culte prin-
cipal.
L’histoire en images
Clelia Arnaldi di Balme, Enrica Pagella
Le prince Eugène de Savoie-Soissons est un stratège habile et un homme d’armes mais aussi
un fin amateur d’art et un collectionneur averti de livres, de gravures, de peintures et d’ob-
jets d’art dans ses nombreuses résidences viennoises; il commande au peintre flamand Jan
Huchtenburgh la première représentation officielle complète de ses victoires militaires: le
cycle des dix
batailles
pour le château de Schlosshof dans les alentours de Vienne, parmi
lesquelles on trouve la
Bataille de Turin
peinte en 1712 (elle est actuellement à la Galleria
Sabauda de Turin). L’œuvre représente un modèle pour les nombreuses représentations du
siège de Turin qui suivront, notamment dans le domaine de l’art graphique et dans le récit
des exploits militaires du prince Eugène publiés dans l’Europe entière au cours du dix-hui-
tième siècle. La bataille de Turin peinte par le français Ignace Jacques Parrocel pour la série
de sept exploits militaires du prince, qui était auparavant dans le Stadtpalais et qui se trou-
ve actuellement au Winterpalais de Vienne, apparaît moins commémorative. La libération
de Turin de l’assaut français devient une toile de fond privilégiée pour brosser le portrait
des deux protagonistes, le prince Eugène et le duc Victor-Amédée II ainsi que le motif de
nombreuses médailles commémoratives et d’objets décoratifs, dont des meubles marquetés
et des surfaces décorées de stuc.
Pour remercier la Madone du succès de la bataille, entre 1717 et 1731 Victor-Amédée II
fait construire d’après un projet de Filippo Juvarra la basilique de Superga pour laquelle en
1729 Bernardino Cametti sculpte le grand retable de marbre du maître-autel. Même les
autorités de la ville expriment leur remerciement: l’église du Corpus Domini est dotée d’un
nouveau retable réalisé par le peintre lombard Stefano Maria Legnani, le Legnanino, qui se
trouve actuellement dans l’église de San Massimo de Turin, tandis que le sculpteur Carlo
Giuseppe Plura réalise la statue processionnelle de la Vierge.
Tout comme le prince Eugène à Vienne, Charles-Emmanuel III de Savoie offre lui aussi un
cadre bien agencé en aménageant dans le Palazzo Reale la galerie des Batailles où confluent
en 1737 les toiles de Huchtenburgh qu’il a achetées à l’héritier du prince Eugène. Le goût
pour les hauts faits de la dynastie aboutit à la série des Faits d’armes commandés en 1818
par Victor-Emmanuel I à Giuseppe Pietro Bagetti pour une nouvelle galerie des Batailles
dans le château de Moncalieri, un projet qui n’aura pas de suite: sept des trente tableaux
réalisées sont consacrées à la bataille de Turin et se trouvent à l’heure actuelle au Palazzo
Reale de Turin. Les programmes de commémoration dynastique promus par Charles-
Albert à partir de 1830 siècle font renaître les protagonistes des événements de 1706: Eugè-
ne apparaît parmi les reliefs de Giacomo Spalla pour la galerie de Beaumont au Palais
Royal, parmi les fresques monochromatiques réalisées par Pietro e Paolo Fea dans le salon
du Sénat au Palazzo Madama, dans la série commandée en 1837 à Massimo d’Azeglio pour
la Salle à manger au Palazzo Reale. Le pas définitif vers l’interprétation romantique s’ac-
compli en 1851 avec la bataille peinte par Francesco Gonin pour Ferdinand de Savoie Duc
de Gênes. Aux côtés des chefs apparaissent aussi les protagonistes du peuple, parmi les-
quels se détache Pietro Micca di Andorno, dans une perspective patriotique et portant la
marque du «Risorgimento».




